La Cour des Miracles

La rue du Nil était une des deux entrées de la Cour des Miracles

La rue du Nil était une des deux entrées de la Cour des Miracles

Au moyen âge et jusqu’au début du XVIIIème siècle, les cours des miracles étaient les repaires des voleurs, mendiants, prostituées, proxénètes et autres marginaux peu recommandables. Il y en avait dans chaque grande ville et Paris en a compté jusqu’à 12 dont la plus célèbre était la Cour des Miracles dite de la rue Neuve-Saint-Sauveur (rue du Nil) en plein cœur du Sentier (2ème arr.)

Le nom de cour des miracles vient du fait qu’après avoir fait la manche toute la journée, le soir en regagnant leur repaire, les mendiants aveugles se remettaient à voir, les estropiés et les paralysés ne l’étaient plus, tous les handicapes qui permettaient d’attendrir les parisiens, disparaissaient comme par miracle. Une véritable hiérarchie régissait la vie de ces cours, chaque mendiant ou voleur appartenait à une catégorie bien précise : les malingreux (faux malades), les orphelins, les prostituées, les coquillards (faux pèlerins)… et bien d’autres encore, tous obéissaient à un roi : le grand Coësre appelé aussi roi de Thunes.

Dans son roman Notre-Dame de Paris, Victor Hugo fait référence à la Cour des Miracles du Sentier qui se composait en fait de trois cours reliées entre elles, la principale était à l’emplacement exact de la boucle formée par les rues de Damiette et des Forges. On y accédait par l’actuelle rue du Nil, qui s’appela d’ailleurs rue de la Cour des Miracles entre 1603 et 1622, ou par une ruelle aujourd’hui disparue qui se trouvait à l’emplacement de l’immeuble du numéro 100 de la rue Réaumur. Le quartier se trouvait alors adossé aux remparts de Charles V dont le tracé correspond aux rues d’Aboukir et de Cléry.
Louis XIII voulut assainir le lieu en 1630 en y perçant une rue qui traverserait la cour de part en part mais ses maçons furent assassinés avant le début des travaux. En 1667 Louis XIV chargea le lieutenant de police Gabriel Nicolas de La Reynie de nettoyer la place, il y parvint mais les famines dans les campagnes et les crises économiques successives firent revenir mendiants et voleurs.
En août 1784 on décida de raser toutes les maisons de la Cour des Miracles pour y construire une Halle de la Marée ou marché du Petit-Carreau, l’axe suivant les rues Montorgueil, Petits-Carreaux et Poissonnière étant la voie d’entrée dans Paris des produits de la mer en provenance du quart nord-ouest (Bretagne, Normandie, Nord), mais les mareyeurs boudèrent cet endroit à la réputation plus que douteuse si bien que le marché ne fut jamais achevé et ce fut finalement des ateliers de ferronnerie qui s’installèrent et donnèrent son nom à la rue des Forges.

De nos jours, mis à part une borne historique de la mairie de Paris, l’enseigne d’un restaurant et le tracé de la rue des Forges, rien n’indique la présence du plus célèbre repaire de bandits de Paris qui pendant près de cinq siècles terrorisa la ville entière.
Certains noms de rues du vieux Paris témoignent encore du passé criminel de ces quartiers aujourd’hui bien tranquilles, c’est le cas de la rue du Vide Gousset dans le 2ème arrondissement et des rues de la Grande-Truanderie et de la Petite-Truanderie dans le 1er.

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La borne historique de la Cour des MiraclesEnseigne d'un restaurantLe croisement des deux ruesLa rue de DamietteLa rue des Forges

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7 réponses à La Cour des Miracles

  1. sheily dit :

    J’adore ce genre d’anecdotes, surtout quand j’apprends des choses! J’ai toujours cru qu’il n’existait qu’une seule cour des miracles, que je situais d’ailleurs du côté des Halles (vers les rues de la Petite et de la Grande Truanderie, que tu cites).

    • gavroche.fils dit :

      Pour notre plus grand plaisir, Paris est riche en anecdotes.
      Avant de faire quelques recherches pour l’article, je pensais également qu’il n’y avait qu’une seule Cour des Miracles.

  2. Thierry dit :

    J’ignorais que la cour des Miracles de Victor Hugo se trouvait à cet endroit précis.

    Le panneau de la Ville de Paris indique qu’elle figure encore sur les plans au début du 18e siècle ; or elle est encore décrite dans le Dictionnaire des rues de Paris des frères Lazare, qui la placent à l’embranchement entre la rue Damiette et la rue des Forges (ce qui expliquerait pourquoi la voie change de nom alors qu’il n’y a plus aujourd’hui de carrefour à cet endroit). Elle a peut-être disparu à l’occasion du percement de la rue Réaumur ? Voire encore plus tard si on considère le style des immeubles qui bordent la rue des Forges et la rue Réaumur.

    • gavroche.fils dit :

      En fait en recherchant des vieilles cartes de Paris sur internet j’ai vu que le nom de Cour des Miracles y figurait jusqu’au début du 18ème s. à l’emplacement de la boucle formée par la rue des Forges et la rue Damiette, c’est à dire entre la rue Réaumur (qui n’existait pas encore) et la place du Caire. Cette boucle est visible sur Google Maps, j’aimerai ajouter à l’article une vieille carte avec l’emplacement de la cour des miracles inscrit dessus, mais je suis pas sûr que ça soit possible avec les droits d’auteurs… j’ai encore peu de notions en la matière.
      D’après mes recherches la cour aurait définitivement disparue au moment de la création du marché des mareyeurs.

  3. Laurent W. dit :

    L’immeuble qui abritait le quotidien France-Soir, rue Réaumur, était construit sur une ancienne cours des miracles (Paris) et une plaque commémorative était (est peut-être encore) fixée sur l’un des murs du Hall du RDC.

  4. Laurent W. dit :

    Complément d’information après rapide recherche, l’adresse de France-Soir était le 100 rue Réaumur.

    • gavroche.fils dit :

      Merci Laurent pour ces précisions, le numéro 100 correspond en effet avec l’emplacement de la Cour des Miracles, je ne savais pas que l’immeuble avait abrité France-Soir, mais ça ne m’étonne pas car la rue Réaumur est l’ancien quartier de la presse. Je n’étais pas au courant non plus pour la plaque commémorative dans le Hall, à l’occasion j’essaierai d’aller la prendre en photo.

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